«

Fév 01

Radieuse, Jacqueline Marguin l’était

Jacqueline 

Lundi 30 janvier dans l’Amphithéâtre s’est déroulée une soirée d’hommage à Jacqueline Marguin-Durand en présence de sa famille, de ses proches, du proviseur de Jean-Baptiste Say et de nombreux proviseurs -adjoints, enseignants, membres du personnel administratif et parents d’élèves des différents établissements qu’elle a dirigés. 

Nous souhaitons vivement nous associer à cet hommage.

Une journée nuageuse ne peut rien contre un tempérament radieux*.

Et radieuse, Jacqueline Marguin l’était.

 

Son parcours professionnel commence comme enseignante de lettres dans un collège tranquille de Seine-Saint-Denis, en parallèle, un travail avec l’Institut National de la Recherche Pédagogique. Une première reconnaissance, les Palmes académiques.

Puis la volonté d’aller plus loin, et l’entrée dans la carrière de chef d’établissement comme proviseur adjoint à Villemomble. Et déjà des voyages à l’étranger, en URSS, avec des élèves. Bobigny, ensuite, pendant neuf ans. Le jour du départ, les élèves lui reprochent de quitter la ville, « ce n’est pas bien pour nos petits frères ». Et pourtant tout n’a pas été facile. Pour son premier poste de chef, un collège en crise, sans repères, livré à lui-même et à la violence. 1 300 élèves dont beaucoup, à la rentrée, avaient décidé de choisir leur classe et leur niveau d’enseignement.

 

 Un contrat sur sa tête

 En ramenant l’ordre, elle dérange. Dès la première année, un contrat est mis sur sa tête et un véhicule de police la suit tous les soirs quand elle rentre chez elle. Rien ne l’arrête pourtant, pas même ces élèves qui, un soir d’hiver, lui laissent entendre qu’elle pourrait accidentellement passer par-dessus la rambarde de la passerelle menant à la poste, où elle porte le courrier urgent.

Vient ensuite, et rapidement, le temps de la confiance. Confiance des familles d’abord et plus particulièrement des mères qui lui apportent d’énormes plateaux de pâtisseries, du maire ensuite qui facilite la mise en place de projets et puis du père de la paroisse et des dames patronnesses qui font du soutien scolaire aux enfants d’émigrés. C’est aussi, en partenariat avec la Maison de la Culture 93, la création d’une option théâtre, la mise en place de stages à l’étranger pour ses élèves, et le soutien à toutes les initiatives pédagogiques portées par les enseignants.

C’est enfin un long reportage, à la demande de sa hiérarchie, où les équipes de TF1, pendant des mois, se plient aux exigences de ce petit bout de femme, qui accepte cette intrusion, uniquement pour faire passer ses idées, ses convictions. Son travail est reconnu par tous, elle reçoit l’ordre du Mérite.

 

 D’un établissement en crise à l’autre

Arrivée à Paris, dans un lycée hôtelier en déshérence, elle met en place de nombreuses actions d’échanges et de partenariats, tant avec la profession qu’avec l’étranger, avec l’appui d’enseignants impliqués. Le lycée a même droit à la visite du ministre de l’éducation et du commissaire européen. Là aussi, tout n’est pas rose. Il y a la drogue du violeur qui atterrit dans l’assiette de sa voisine lors d’un repas de gala, alors qu’elle lui était destinée, l’Ajax poudre dans le riz, et des élèves qui se mordent jusqu’à pénétrer profondément dans les chairs. Tout cela, elle saura le gérer avec pertinence et rigueur. La reconstruction du lycée tardant, sa hiérarchie la nomme dans un établissement immense, qui sort de plusieurs mois de crise. Choisie pour ses qualités et son sens de l’éthique, elle s’y fera des ennemis, mais aussi des amitiés fortes.

 

Le non à l’Europe en 2005, le CPE en 2006, avec des semaines d’occupation à chaque fois, entrecoupées d’évacuations policières, sont des épreuves auxquelles elle doit faire face. Défendre un site situé sur 4 hectares et plus de quatre kilomètres de couloirs, avec seulement 2 à 3 heures de sommeil par nuit, tenter de maintenir une sérénité malgré des attaques odieuses, tout cela est extrêmement éprouvant. Pour protéger les élèves et l’établissement, elle tient bon, et bien que peu soutenue, elle tisse avec ceux qui l’accompagnent dans sa tâche, des liens forts. Malgré toutes ces difficultés, le collège et le lycée s’épanouissent dans leur vocation internationale, et c’est non sans une certaine fierté qu’elle est accueillie par l’ambassadeur lui-même, lors de la réception pour la fête nationale espagnole, chaque 12 octobre, dans les locaux de l’ambassade.

 

Un parcours sobrement exemplaire

 Enfin, en 2008, l’arrivée à Jean-Baptiste Say. Un havre de paix professionnel qui ne l’empêche pas d’y mettre sa patte, tant pour l’accès des filles aux filaires de prestige et à l’internat, la valorisation des sections littéraires, l’ouverture aux élèves boursiers, le soutien aux projets et initiatives pédagogiques. Elle reçoit la Légion d’honneur. Elle est fière de la porter avec une pensée très forte pour son grand père mort à Verdun et ses parents qui avaient mis un point d’honneur à ce que leurs filles poursuivent les études qu’ils n’avaient pas pu faire.

Pour nous tous, Jacqueline Marguin incarnait avec élégance l’école de la République.

* William Arthur Ward